La question agite de plus en plus le débat public. Alors que la France accélère pour interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la prochaine rentrée scolaire, la Belgique s’interroge à son tour. Une telle mesure est-elle possible chez nous ? Et surtout, qui a réellement le pouvoir d’agir ?
Un débat qui prend de l’ampleur en Belgique
Scroller pendant des heures sur TikTok, Instagram ou Snapchat est devenu un réflexe pour de nombreux adolescents. Une pratique que les autorités belges souhaitent désormais mieux encadrer.
En Fédération Wallonie-Bruxelles comme au niveau fédéral, le sujet est clairement sur la table.
La ministre des Médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jacqueline Galant, et la ministre du Numérique au fédéral, Vanessa Matz, plaident toutes deux pour un débat de fond sur l’âge minimum d’accès aux plateformes sociales.
Fixer un âge… et le faire respecter
Aujourd’hui, la plupart des réseaux sociaux fixent l’âge minimum à 13 ans. Un seuil largement contourné dans la pratique.
Pour la ministre du Numérique, la priorité est claire : il ne suffit plus de fixer une règle, il faut la rendre effective.
Selon Vanessa Matz, le Parlement fédéral devra se prononcer sur un âge précis — 15 ans étant régulièrement évoqué — mais aussi sur les moyens concrets de contrôle. Sans mécanisme de vérification fiable, une interdiction resterait symbolique.
Vers une authentification numérique obligatoire ?
L’une des pistes privilégiées serait l’authentification numérique. La Belgique dispose déjà de solutions techniques reconnues, comme MyGov.be ou l’application itsme, largement utilisée pour les démarches administratives.
L’idée serait d’obliger les plateformes à vérifier l’âge réel des utilisateurs via ce type d’outil. Une loi pourrait voir le jour d’ici la fin de l’année afin d’imposer cette obligation aux géants du numérique.
Une mesure soutenue… mais pas unanime
Dans la population, les avis sont partagés. Certains estiment qu’avant 15 ans, les adolescents manquent encore de recul pour identifier les dangers en ligne. D’autres pensent qu’un accompagnement parental reste plus efficace qu’une interdiction stricte.
Tous s’accordent toutefois sur un point : la maturité numérique ne s’acquiert pas au même rythme pour chaque jeune, et l’exposition précoce aux réseaux peut poser de réels problèmes.
L’Europe, véritable arbitre du dossier
Un obstacle majeur demeure : la plupart des grandes plateformes sont basées en Irlande et échappent donc en grande partie au droit belge.
Sans cadre européen, l’application d’une interdiction nationale serait difficile à faire respecter.
Si certains États souhaitent avancer seuls, l’Union européenne privilégie une approche coordonnée. Problème : aucune législation commune n’est attendue avant 2027.
Pour de nombreux experts du numérique, les plateformes ne se laisseront pas facilement imposer des règles nationales fragmentées, surtout sur un marché européen unique.
Une interdiction avant 15 ans : possible, mais pas imminente
En résumé, la Belgique dispose des outils techniques et de la volonté politique pour avancer. Mais sans décision européenne claire, une interdiction effective des réseaux sociaux aux moins de 15 ans reste complexe à mettre en œuvre à court terme.
Le débat est lancé… et il ne fait sans doute que commencer.